mercredi 12 juillet 2017

Un artiste par l'image : Emil Causé (1867-?), un méconnu de l'Art Nouveau français.



Émile Causé dit Emil Causé, né en 1867 à Porrentruy (Jura bernois) et mort à une date inconnue, est un artiste franco-suisse, à la fois décorateur, dessinateur, affichiste, poète et conteur, marqué par le style art nouveau. Très peu d'éléments existent sur la vie d'Emil Causé — ainsi signait-il —, un artiste pluriel qui semble avoir été surtout actif entre 1890 et 1902, à Paris, dans des domaines à la fois liés aux arts décoratifs et à la littérature. Né en Suisse mais de parents français, il est élève à l'École nationale des arts décoratifs : ses travaux sont publiés dans L'Art pour tous : encyclopédie de l'art industriel et décoratif en 1891-1892. Il collabore entre 1890 et 1902 au St Nicolas, revue pour enfants éditée par Charles Delagrave, éditeur pour lequel il réalise quelques albums illustrés. Pour cette revue, il écrit également de nombreux contes. Il collabore à La Revue des arts décoratifs (1893-1899) pour Victor Champier, dont il fait la couverture et des vignettes (1897). On retrouve également son nom dans le Musée des familles (1894). Dans Le Livre et l'image (fin 1894), John Grand-Carteret signale qu'il sera l'auteur de la nouvelle couverture de la revue La Plume à partir de janvier 1896 : après celle d'Eugène Grasset, et avant celle d'Alfons Mucha, il est possible que le projet de Causé n'ait été finalement pas adopté. Néanmoins, pour La Plume, il fournit quelques vignettes, des textes, et exécute l'affiche du salon des Cent de janvier 1898. En 1896 il est mentionné comme poète chansonnier, coutumier du Procope, au Quartier Latin, et hantant les cabarets du boul'Mich. En 1897, il est présent durant l'exposition internationale de Bruxelles, à la section française des arts décoratifs. En 1898, il est l'un des décorateurs choisis pour figurer dans le premier volume des Documents d'atelier, art décoratif moderne réunis par Victor Champier à la Librairie de l'Art ancien et moderne. On perd sa trace après 1912. Une importante collection de documents graphiques — une centaine dont des croquis de mobilier — signés Emil Causé est conservée au musée d'Orsay en partie visible ICI. Il a illustré au moins 4 livres : L'Imagier aux églantines, Paris, Charles Delagrave, 1891. Émile Blémont, Mariage pour rire, comédie en une acte et en vers, Paris, Bibliothèque artistique et littéraire de La Plume, 1898. Charles Perrault, La Belle au bois dormant, Paris, Charles Delagrave, 1899. Otto Friedrichs, La Question Louis XVII, portrait d'en tête, Paris, Société anonyme La Plume, 1900. Édouard Chanal, Les Merveilleuses Épreuves du paladin Huon de Bordeaux, adaptation de l'Obéron de Wieland à la clientèle écolière et familiale, Paris, Delagrave, 1900.  (notice Wikipédia).

La suite de 47 bandeaux que nous vous proposons ci-dessous est extraite des Figures Contemporaines plus connues sous le nom d'Album Mariani. Sur un peu plus de 70 notices biographiques, Emil Causé donne au moins une cinquantaine de dessins pour les bandeaux (et quelques lettrines). Nous avons sélectionné ceux pour lesquels la signature était bien visible, certains ne portant pas de signature, sans doute d'Emil Causé si l'on s'en tient au style de l'artiste, n'ont pas été catalogués ici. Cet album a paru en 1904 à la librairie Henry Floury. Les dessins d'Emil Causé datent pour le moins de quelques mois à quelques années auparavant. Nous explorerons bientôt d'autres années des Album Mariani.

Le style déployé ici par Emil Causé est homogène sans être répétitif. On s'aperçoit à la lecture de l'Album que l'artiste a su le plus souvent possible faire coïncider la profession de celui ou celle dont Joseph Uzanne fait la biographie avec le dessin du bandeau (un médecin aura droit aux attributs de la science, un écrivain ceux de la littérature et des livres, etc.). La collection de dessins originaux à l'encre de chine conservée au Musée d'Orsay nous montre certains bandeaux ayant servi à ces album Mariani. L'ensemble de ces dessins pour les album Mariani a du demander un temps de travail important à l'artiste.

Admirons son travail quelques 113 ans plus tard. Tous les adorateurs de l'Art Nouveau éprouverons le même plaisir que j'ai eu à les détailler lors de la numérisation.

Bertrand Hugonnard-Roche

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47 bandeaux choisis
par Emil Causé
pour l'Album Mariani
pour l'année 1904


 Cliquez sur l'image pour l'agrandir
 













































dimanche 2 juillet 2017

Actualité internationale : Grosse vente pour un ancien livre chinois aux enchères (30 juin 2017)



Grosse vente pour un ancien livre chinois aux enchères

le Quotidien du Peuple en ligne | 30.06.2017 15h18


Une édition imprimée fin du XVIIIe siècle du roman chinois classique Le Rêve du Pavillon rouge a été adjugée aux enchères le 21 juin à Beijing pour 24,03 millions de yuans (3,53 millions de dollars).

Un prix assez élevé pour les œuvres de la catégorie des livres anciens et rares en Chine.
Ces dernières années, les copies anciennes ont connu une popularité croissante parmi les collectionneurs, et cette vente montre bien que l'appréciation se développe, a expliqué Song Hao, un haut responsable du département du livre rare de la China Guardian Auctions. La structure ayant présenté le livre lors de ses principales ventes au printemps.

Le roman de Cao Xueqin, auteur de l'ère de la Dynastie Qing (1644-1911) vers le milieu du XVIIIe siècle, est considéré comme l'une des plus grandes œuvres de la littérature classique chinoise. L'histoire raconte la prospérité et le déclin de deux riches familles aristocratiques à travers lesquelles l'écrivain a révélé l'obscurité de la société chinoise de l'époque.

La version vendue a été illustrée et imprimée sur gravure sur bois en 1791, comptant parmi les premières éditions du roman. Généralement connu sous le nom chinois de Cheng-Gao dans le domaine de la « Redologie », des études académiques de l'œuvre de Cao Xueqin.

(Rédacteurs :Guangqi CUI, Wei SHAN)


jeudi 8 juin 2017

L'exemplaire Angelo Mariani de l'Album Mariani

Si tout collectionneur s'intéressant aux années 1900 (et à Uzanne en particulier) et tout libraire connaît Les Figures Contemporaines de Mariani, peu ont déjà eu l'occasion de voir une série complète. La longue période de publication des 14 volumes, sur 33 années (1894 à 1926) explique déjà cette difficulté. Notons d'ailleurs que le volume 12 parait en 1911, le volume 13 en 1913 et que c'est donc surtout le volume 14 qui a tardé, le rythme habituel étant un volume tous les deux ans à peu près. 


Un ancien confrère, âgé de 80 ans, m'a dit un jour avec fierté : "Je connais un collectionneur qui a la série complète sur papier courant". Cet article ne présente pas cette série.


Nous vous invitons à relire notre article de 2013 sur les Albums Mariani.

Tout d'abord, voici les tirages annoncés des volumes : 
  • Volumes 1 à 5
    • 50 exemplaires sur Japon avec suite.
    • 50 exemplaires sur vélin d'Arches avec suite..
    • 400 exemplaires sur vélin teinté d'Arches.
    • tirage courant.
  • Volumes 6 à 13
    • 25 exemplaires sur Japon avec suite.
    • 25 exemplaires sur vélin d'Arches avec suite.
    • 150 exemplaires sur vélin teinté d'Arches.
    • tirage courant.
  • Volume 14 
    • pas de grand papier.
Aujourd'hui, il devient peu aisé de trouver, même séparément, chacun des volumes, même en tirage courant. Il n'y a ainsi qu'une vingtaine de volumes, tout confondu, en vente actuellement en ligne et seuls deux volumes sont en grand papier. Il est plus aisé de trouver une biographie démontée d'un volume qu'un volume lui-même bien souvent.

Quel pourrait être l'exemplaire le plus désirable de cet imposant ouvrage ? Celui enrichi des originaux. Ne rêvons pas ! Si vous avez relu l'article de 2013, ce passage vous aura sauté aux yeux : 
Je ne pouvais me soustraire au souvenir de ce pari, dont l'album les Figures Contemporaines avait été l'arbitre, lorsque j'appris que M. Angelo Mariani venait de faire don à la Bibliothèque Nationale de la collection reliée des notices et gravures des Douze volumes de son Recueil panthéonesque, avec adjonction des lettres, dessins, aquarelles, autographes, originaux de toutes les personnalités qui s'y pressent.

Ne rêvons donc pas ! Mais rêvons de l'exemplaire de Mariani, et gageons qu'il est très beau.

Un exemplaire exceptionnel est passé en vente aux enchères en octobre 2007. Il y avait 6 volumes, reliés en plein maroquin bleu, dans les premiers tomes. Ces volumes faisaient partie du tirage sur japon, et parmi eux, trois avec une particularité intéressante : les plats intérieurs était ornés de gouaches originales de Robida, Avril et Kastor. Un exemplaire de choix donc.


Une gouache de Robida de l'exemplaire de 2007

Cet exemplaire était-il celui de Mariani ? Nous ne pensons pas.

Voici donc l'exemplaire qu'un gentil correspondant nous permet de présenter partiellement ici (merci à lui!) et que nous supposons être celui de Mariani :

  • 14 volumes plein maroquin lie de vin
    • les 12 premiers tranches dorées, avec aquarelles, gouaches ou cuirs ciselés ou modelés sur les plats intérieurs
    • les 2 derniers têtes dorées, sans rien sur les plats intérieurs (et de qualité médiocre, imitant les autres volume).
  • 13 volumes sur grand vélin d'Arches (pas de grand papier pour le dernier).
  • 10 artistes différents pour les 12 volumes enrichis sur les plats intérieurs. Un seul artiste par volume, deux artistes ayant fait deux volumes.
    • Henrique Atalaya
    • Paul Avril
    • Boutet
    • Delaspre
    • Louis Dezé (spécialiste des cuirs modelés)
    • Paul Guignebault
    • Léon Lebègue
    • Charles Meunier (cuirs incisés)
    • Robida
    • Tofani
Dans cette liste d'artistes, on retrouve les artistes tournant autour d'Octave Uzanne : Avril, Boutet, Delaspre, Lebègue et Robida par exemple, qui ont fait des cartes de vœux pour lui. Ou encore Atalaya qui illustra un des Huit contes à Mariani, ouvrage dans lequel Uzanne a aussi écrit un conte. Ou encore Louis Dezé qui connaissait Joseph et Octave Uzanne (voyez notre article sur Dezé). Nous ne ferons pas l'affront aux lecteurs d'indiquer les liens entre Charles Meunier, les frères Uzanne et Mariani ici, liens qui leur sont certainement connus.



Puisqu'on mentionne Meunier, précisons une chose : seules deux reliures sont signées, les deux reliures ayant des cuirs incisés de Meunier. Elles sont signées dans le cuir incisé mais aussi en bas des plats intérieurs. Pour qui connait le travail de Meunier, il n'y a pas de doute : les 12 premiers volumes sont l'oeuvre de Charles Meunier.


Un cuir incisé par Charles Meunier


Une aquarelle de Paul Avril

Quels sont donc les arguments en faveur de la provenance ?
  1. Si on s'arrête à la qualité générale - qualité des reliures et truffes, artiste en présence -, il est évident que c'est un très proche d'Angélo Mariani et d'Octave Uzanne qui possédait cet exemplaire à l'origine.
  2. Seuls 12 volumes ont cette qualité : les plats intérieurs truffés.
    Si vous avez lu la citation de l'article de 2013, Mariani a donné les 12 premiers volumes à la BnF. On peut supposer qu'il sentait la fin arriver, la fin du travail ou la fin de sa vie ! Il a certainement fait relier un des exemplaires de grand luxe, au fur et à mesure, par Meunier à ce moment-là. On voit que les ouvrages ont été reliés un peu à la fois grâce au décor de filet en bordure des plats intérieurs : il diffère légèrement suivant les volumes. Les deux volumes signés sont aussi datés. Les deux derniers volumes seront arrivés plus tard.
  3. Les truffes des exemplaires font toutes référence au vin Mariani ou aux feuilles de coca. Cela ressemble fortement à l'esprit de l'Album où chaque participant envoyait un texte en rapport avec le vin Mariani. Ici chaque participant, chaque artiste donc, envoyait une oeuvre en rapport avec le vin Mariani.
Voilà donc une série fabuleuse, certainement la plus belle possible (après celle de la BnF) qu'il me tarde de pouvoir admirer par moi-même dès que l'occasion se présentera !

Bertrand Hugonnard-Roche

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